Frelon asiatique : comment protéger vos ruches  ?

Le frelon asiatique

Une tête sombre au visage orangé, des pattes jaunes, un thorax noir et des liserés jaunes sur l’abdomen, vous êtes bel et bien en présence d’un frelon asiatique. Ne vous fiez pas à sa taille légèrement plus petite que celle du frelon européen, il est en réalité bien plus dangereux pour vos abeilles ! Depuis son introduction accidentelle en France, le Vespa Velutina donne des sueurs froides aux apiculteurs. Prédateur, source de stress pour les butineuses et pour la reine, comment lutter contre le frelon asiatique ?

Comment piéger le frelon asiatique ?

Frelons asiatiques

Le piégeage du frelon asiatique est sujet à de nombreuses controverses. Ainsi, le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) met en garde sur la non-sélectivité actuelle des pièges à frelons qui cause la mort d’insectes, pourtant indispensables à la biodiversité. À l’inverse, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) affirme que le piégeage est un moyen de lutte efficace, à condition qu’il soit bien encadré et suivi ! Tous s’accordent cependant sur le fait que la présence d’une femelle fécondée, appelée « fondatrice », ou de nids proches de vos ruches, est une source de danger potentiel. Fort de ce constat, libre à vous de prendre les décisions qui s’imposent pour éloigner ces nuisibles !

Pièges à frelons asiatiques : optez pour la bonne méthode !

La technique de piégeage doit respecter des règles précises, être planifiée, coordonnée et suivie. La lutte contre le frelon asiatique ne doit jamais consister à poser des pièges allant à l’encontre du respect de l’environnement et au détriment des autres insectes. Par exemple, un piège à frelons fabriqué à partir d’une bouteille en plastique coupée en 2, dont le but est de tuer le frelon par noyade est déconseillé.

En effet, l’appât à base d’alcool et de sucre attire indifféremment les insectes (frelons européens, guêpes, papillons, mouches, etc.). Ces derniers finissent soit par mourir, soit par devenir infertiles sous l’effet du stress généré.

En somme, pour être efficace et sans danger, un piège doit :

  • Être sélectif, c’est-à-dire piéger un maximum de frelons asiatiques. Actuellement, aucun piège ne l’est à 100 % ! Toutefois, de bons résultats sont obtenus en installant des cônes d’entrée de 8 mm de diamètre ;
  • Permettre aux autres espèces (lépidoptères, diptères, etc.) de s’échapper librement. Il est possible d’utiliser des grilles à reines ou de prévoir des trous de sortie de 5 à 6 mm de diamètre ;
  • Comporter une grille anti-noyade ou une solution équivalente ;
  • Être approvisionné tous les 8 à 10 jours avec un appât attractif de type mélange de bière brune, de vin et de sirop de cassis, par exemple. La bière est un répulsif naturel pour les abeilles ;
  • Être exempt d’insecticides ou de ses dérivés chimiques.

Bon à savoir !

Un nouveau type d’appât qui synthétise les phéromones du Vespa Velutina est à l’étude. Il permettrait de concevoir des leurres à 100 % sélectifs.

Quelques exemples de pièges à frelons asiatiques sélectifs

  1. Le piège bouteille « FDGDON 56 », recommandé par l’UNAF. Il est simple à réaliser et efficace. Il s’agit d’un assemblage de 2 bouteilles en plastique de 1,5 l. Les bouchons sont conservés, mais percés pour ne laisser entrer que les frelons asiatiques. Des trous de sortie de 5 à 5,5 mm sont prévus pour que les autres insectes puissent ressortir. Des galets ou des gravillons sont placés au fond du piège pour éviter la noyade dans l’appât.
  2. Le piège de type nasse (Jabeprode ou Red Trap, par exemple). Il peut être fabriqué en bois avec une grille à reine coupée en 2, placée sur la partie avant et arrière du piège. Ainsi, tous les insectes, sauf le frelon asiatique, peuvent s’échapper. Un fond grillagé et un tiroir peuvent être utiles pour simplifier l’approvisionnement et le remplacement de l’appât. Une plaque transparente sur le dessus permet d’observer rapidement vos prises. Des entrées coniques de 8 mm de diamètre sont intégrées au centre des grilles à reines.
  3. Le piège « cloche », est également efficace contre le frelon asiatique. En revanche, il est moins sélectif. Il piège trop d’autres espèces d’insectes, dont des guêpes, des papillons et des mouches.

Exemple de réalisation d’un piège de type nasse (Crédit photo : Objectif Ruches)
Piège à frelons VASOTRAP
Piège à cloche VASOTRAP

Quand installer votre piège à frelons asiatiques ?

Là encore, les avis divergent ! Toutefois, une chose est certaine : en fonction de la date où vos pièges sont placés, vous n’obtiendrez pas les mêmes résultats. Vous ne piégerez pas non plus les mêmes castes de frelons. Ainsi, 2 théories s’opposent : le piégeage de printemps ou de fin d’été.

Le piégeage de printemps

Les pièges ne sont théoriquement jamais posés avant mi-février, mais cela dépend de votre région. De préférence, il faut attendre l’apparition des premiers nids primaires. La période de fin mars à avril est même conseillée pour laisser le temps à l’entomofaune de se développer suffisamment et afin que les espèces puissent se reproduire. Le but est surtout de capturer les femelles fécondées avant qu’elles bâtissent leur nid et pondent leurs œufs.

Les fondatrices ont vécu sur leurs réserves alimentaires pendant toute la saison froide et sont à la recherche de mets sucrés pour reprendre des forces ! C’est donc le meilleur moment pour les attraper, bien qu’il soit aussi possible de le faire au début de l’hiver lorsqu’elles quittent leur nid pour hiverner.

Il est à noter qu’à partir de mi-juin, vous ne piégerez plus de reproductrices, mais des ouvrières ! Les fondatrices resteront protégées à l’intérieur du nid.

Bon à savoir !

Une fondatrice capturée = un nid évité ? Pas si sûr ! Certaines femelles fécondées ne parviendront jamais à construire un nid, elles mourront avant ! En effet, le Vespa Velutina est la proie d’autres prédateurs, comme le Vespa Crabro ou la bondrée apivore. D’autre part, il existe un phénomène de compétition entre fondatrices qui se battent parfois à mort pour obtenir l’emplacement d’un nid.

Le piégeage de fin d’été

Le piégeage de fin d’été est réalisé à proximité des ruchers (moins de 1 km) dès le mois de juin et parfois jusqu’à octobre à mi-novembre. Dans ce cas précis, la stratégie n’est plus l’attaque, mais la défense ! L’idée est donc de mettre des pièges pour faire un maximum de victimes chez les frelons et réduire ainsi la pression de prédation exercée. En cas d’omniprésence de 3 à 4 frelons en vol stationnaire devant l’entrée de vos ruches, il faut agir !

Retenez simplement que les pièges ne devront pas rester constamment en place. Leur temps d’utilisation est à faire varier selon les saisons, les températures extérieures et la présence ou non de prédateurs. Une durée de 6 semaines est souvent suffisante, elle peut être renouvelée si nécessaire. Enfin, les appâts sont à adapter selon vos objectifs et votre cible. En effet, les fondatrices recherchent généralement plutôt du sucre, alors que les ouvrières sont souvent en quête de protéines pour nourrir leurs larves.

Où placer des pièges à frelons asiatiques ?

Plus l’emplacement de vos pièges est stratégique, plus ceux-ci seront efficaces. Ainsi, vous pouvez placer des pièges :

  • À côté des anciens nids de frelons ;
  • Proches de vos ruches ;
  • Vers des lieux propices à l’hivernage du frelon. La femelle fécondée aura besoin d’un endroit au sec, de bois et d’eau ;
  • Dans des arbres et des arbustes mellifères en fleurs ;
  • À proximité des composteurs, des points R ou des déchetteries.

Un piège se pose à une hauteur comprise entre 0,50 m et 2 m et peut être suspendu. Les emplacements au soleil le matin, c’est-à-dire à l’est, sont à privilégier ! Selon l’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation (ITSAP), il faut créer un maillage régulier (un piège tous les 350 m environ) à moins de 1 km des ruchers qui ont subi des pertes l’année précédente.

Quelles solutions pour protéger vos abeilles contre le frelon asiatique ?

Même si les apiculteurs amateurs sont les plus impactés par l’invasion des frelons asiatiques, la lutte préventive est l’affaire de tous ! Idéalement, un plan d’action doit être déployé à l’échelle d’un territoire complet, dès l’apparition des premières fondatrices et des nids primaires. De plus, pour limiter significativement les attaques, cette intervention doit être répétée chaque année.

Le vol stationnaire des frelons asiatiques devant vos ruches est nuisible pour vos abeilles. Pour se protéger, les gardiennes se regroupent en formant un V défensif devant l’entrée. Stressées, les butineuses restent paralysées à l’intérieur de la ruche et n’osent plus en ressortir. Les provisions s’amoindrissent peu à peu et la reine cesse de pondre ! Ce phénomène est particulièrement inquiétant, car en plus des pertes occasionnées, vos colonies d’abeilles risquent de ne pas survivre lors de la période d’hivernage ! Ce scénario peut toutefois être évité, car heureusement des solutions de protection existent !

L’équipement à prévoir pour éviter les intrusions du frelon asiatique

Pour préserver votre communauté d’abeilles, optez pour une stratégie de défense ! Ainsi, vous pouvez équiper votre ruche :

  • D’un réducteur d’entrée. Les réducteurs laissent entrer et sortir les abeilles, mais pas les frelons. En revanche, les abeilles restent soumises au stress, à cause de leur proximité. Par ailleurs, vous ne pourrez les installer qu’à partir du moment où vous n’aurez plus de faux-bourdons à l’intérieur de votre ruche ;
  • D’une muselière. Celle-ci se place sur l’entrée de la ruche et forme un sas grillagé. Cet accessoire empêche les frelons de prélever des abeilles situées sur la planche d’envol. Si le frelon asiatique parvient à entrer malgré tout, il reste prisonnier et se fait attaquer par les gardiennes. En tentant de fuir pour sauver sa vie, le frelon en perd même son agressivité ;
  • D’un filet ou d’un système de grillage. Cette méthode qui consiste à entourer vos ruches pour constituer une barrière anti-frelons est efficace. Néanmoins, ce n’est pas très pratique et ce n’est réalisable que sur des petits ruchers ;
  • Le regroupement des ruches. Une ruche isolée devient une cible idéale pour les frelons. « L’union fait la force », en regroupant vos abeilles, vous leur offrez une meilleure résistance en évitant une prédation trop forte concentrée sur une seule ruche !

Réducteur d'entrée
Réducteurs d’entrée (de type Nicot)

Bon à savoir !

La transhumance peut également préserver vos abeilles. En déplaçant vos ruches en dehors de la zone de prédation des frelons, vous limitez ainsi leurs attaques.

La destruction des nids de frelons asiatiques

Si vous repérez un nid de Vespa Velutina, la première chose à faire, c’est de le signaler ! Si le nid est situé dans un espace public, vous devez prévenir votre mairie. S’il est chez vous ou sur votre terrain, il est fortement conseillé de faire appel à un professionnel. Pensez simplement au préalable à vérifier qu’il s’agisse bien d’un nid de frelons asiatiques. Un indice : celui-ci est toujours réalisé en fibre de cellulose (papier), mais d’autres éléments sont également à connaître !

À savoir :

  • Les nids primaires sont fabriqués par les fondatrices, à partir de mars à avril. Ils sont de petite taille (environ 30 cm de diamètre). L’ouverture est située vers le bas et fait environ 10 cm de diamètre. Comme ce nid est fragile et sensible aux intempéries, il est généralement présent dans des lieux couverts (greniers, vieilles bâtisses, cheminées, etc.). Le nid va ensuite être agrandi par le bas pour accueillir plus de larves, et donc plus de frelons. Enfin, lorsque la colonie deviendra trop populeuse, les frelons le déserteront pour en construire un autre, plus grand et plus résistant ;
  • Les nids secondaires sont construits par les ouvrières de mai à novembre. Ils peuvent atteindre jusqu’à 80 cm de diamètre et plus de 1 m de haut. L’ouverture est latérale et fait moins de 4 cm. Ce type de nid est généralement placé dans les arbres, parfois à plus de 20 m de hauteur. À la fin de l’été, des milliers d’individus peuplent ces lieux !

Nid primaire frelon asiatique
Nid primaire de frelons asiatiques

Pour détruire un nid de frelons, la solution la plus efficace et la moins nocive utilisée par la plupart des désinsectiseurs est l’injection de pyrèthre naturel à l’intérieur du nid. Un temps d’attente est alors nécessaire afin que les frelons infectés contaminent leurs congénères par contact. Le nid est ensuite déposé et détruit.

Bon à savoir !

La destruction d’un nid à frelons asiatiques est actuellement à la charge du propriétaire du terrain. Dans certains cas, l’État peut la prendre en charge, mais ce n’est pas une obligation ! Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de votre préfecture pour en connaître les modalités.

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