Comment traiter efficacement vos ruches contre le varroa ?

Varroa phorétique

Tout savoir sur le traitement de vos ruches contre le varroa

Lorsqu’il est présent en grande quantité dans vos ruches, le varroa mène votre colonie d’abeilles à sa perte ! Véritable fléau pour l’apiculteur, pour l’heure, il ne s’agit plus vraiment de l’éradiquer totalement, mais de limiter sa présence sous le seuil dommageable. Cet acarien n’est en effet pas simple à déloger ! Certaines méthodes sont plus efficaces que d’autres, mais laquelle choisir ? Quand et pourquoi traiter contre le varroa ? Zoom sur toutes les solutions pour préserver la santé de vos abeilles avant l’hivernage.

Comment traiter vos ruches contre le varroa ?

Traitement Apivar
Traitement d’une ruche avec 2 lanières Apivar

Nombreuses sont les possibilités pour lutter contre le varroa, toutefois seules celles qui disposent d’une AMM (Autorisation de mise sur le marché) sont commercialisables. Ainsi, 13 médicaments sont autorisés en France, dont 8 sont utilisables en agriculture biologique.

Les traitements chimiques

Les traitements chimiques sont actuellement les plus efficaces pour préserver vos populations d’abeilles des attaques de parasites, tels que le « varroa destructor ». Leur efficacité est estimée à 95 %, contre 90 % pour les médicaments d’origine naturelle. Toutefois, des précautions particulières sont à prendre ! D’une part, le respect de la posologie, de la durée et de la fréquence du traitement sont indispensables pour donner des résultats suffisants.

D’autre part, n’oubliez jamais que ce sont des acaricides qui sont finalement assez comparables à des insecticides. Pour que leur usage n’expose pas vos abeilles à un taux de nocivité trop élevé, il faut user de parcimonie. Certains produits peuvent en effet laisser des résidus chimiques dans votre production de miel, de propolis, ou dans la cire.

Traitements chimiques : substance active et posologie

La plupart des traitements « synthétiques » prennent la forme de lanières plastiques imprégnées à insérer entre les cadres de votre rucher. La diffusion est lente et prolongée. Une exception est faite pour le « Polyvar Yellow » qui se place devant l’entrée de votre ruche (côté intérieur ou extérieur).

Le tableau ci-après vous présente les 5 possibilités de médicaments de synthèse, classés selon leur date de première Autorisation de mise sur le marché (AMM).

Date de l’AMMNom du médicamentSubstance activePosologie
1989APISTANTau-fluvalinate1 lanière par ruchette 2 lanières par ruche
Traitement pendant 6 à 8 semaines
1995APIVARAmitraze1 lanière par ruchette
2 lanières par ruche
Traitement pendant 6 semaines (si faible quantité de couvain) à 10 semaines (en période de couvain élevé)
2015APITRAZAmitraze2 lanières par ruche
Traitement pendant 6 semaines
2017BAYVAROLFluméthrine2 lanières par ruchette 4 lanières par ruche
Traitement pendant 4 à 6 semaines
2017POLYVAR YELLOWFluméthrine2 lanières par ruche
Traitement pendant 9 semaines jusqu’à la fin de l’activité des abeilles butineuses (durée maximum : 4 mois)
(Source : FNOSAD)

Les traitements alternatifs

Traitement varroa acide oxalique
Traitement à l’acide oxalique par fumigation (source PIXAY-jldmat)

Si vous êtes apiculteur biologique, ou si vous ne souhaitez pas avoir recours à des produits chimiques, sachez que des solutions naturelles existent! Conçus majoritairement à partir de végétaux présents abondamment dans la nature, les traitements alternatifs comportent du thymol, des huiles essentielles, du menthol, des acides formiques ou oxaliques, etc. Attention, qui dit « naturel » ne dit pas « sans danger ».

L’acide formique, par exemple, requiert obligatoirement des protections (gants et lunettes). L’acide oxalique est classé « substance vénéneuse » par la pharmacologie européenne. Le thymol utilisé pur a une odeur très forte qui peut perturber vos abeilles et favoriser la dérive ou le pillage. Pour chaque médicament, référez-vous toujours à sa notice d’utilisation ou demandez conseil à un vétérinaire spécialisé en apiculture.

La méthode d’application, selon le type de conditionnement

Les traitements alternatifs représentent une solution intéressante pour réduire la pression parasitaire des varroas. Le mode d’administration varie selon le type de médicament choisi. Ainsi, vous pouvez opter pour :

  • Du gel en barquette, des bandes ou des rubans d’amidon, à poser sur le dessus des cadres de la ruche ;
  • Des plaquettes, à installer également au-dessus des cadres, mais à éloigner du couvain ;
  • Un dégouttement par injection (à l’aide d’une seringue) entre les cadres occupés. La préparation peut être en poudre « toute prête » simplement à mélanger ou à réaliser à partir d’un sirop 50/50 (1 kg de sucre pour 1 kg d’eau) et de l’acide oxalique (40 g) ;
  • Une sublimation (fumigation), en vaporisant votre ruche à l’aide d’un sublimateur (ou d’un diffuseur de vapeur).

Traitements naturels : substance active et posologie

Le tableau ci-après vous présente les 8 possibilités de médicaments utilisables en agriculture biologique, classés selon leur date de première Autorisation de mise sur le marché (AMM).

Date de l’AMMNom du médicamentSubstance activePosologie
2001APIGUARDThymol2 applications successives de 50 g de gel à 2 semaines d’intervalle. 2 traitements maximums par an.
2007THYMOVARThymol1 à 2 plaquettes par ruche à renouveler après 3 à 4 semaines. 2 traitements maximums par an.
2010APILIFE VARThymol, huile essentielle d’eucalyptus, menthol et camphre1 plaquette tous les 7 jours à renouveler 4 fois. 1 traitement maximum par an.
2014MAQSAcide formique2 bandes par ruche pendant 7 jours.
2015API-BIOXALAcide oxaliquePar dégouttement, injection de 5 ml de préparation à 30/35 °C entre chaque inter-cadre occupé en 1 seule application, sans dépasser 50 ml au total. 2 traitement maximum par an. Par sublimation, vaporisez 2,3 g d’acide oxalique. 1 Traitement maximum par an.
2017VARROMEDAcide formique et acide oxaliquePréparation à injecter à entre 25 et 35 °C, en 1 seule fois (de 15 à 45 ml), à renouveler tous les 6 jours, jusqu’à 5 fois au maximum par an.
2018OXYBEEAcide oxaliqueProcédé identique à l’API Bioxal (dans la limite de 54 ml injectés).
2021FORMIC PROAcide formique2 rubans pendant 7 jours de traitement.
(Source : FNOSAD)

À quel moment faut-il traiter vos ruches ?

Varroa entrant dans le couvain
Varroa adulte femelle prenant place dans une cellule de couvain

Le varroa est particulièrement présent dans vos ruches à la fin de l’été. C’est effectivement le moment où votre population d’abeilles baisse naturellement alors que celle des varroas continue d’augmenter. Durant ce seuil critique, vos abeilles sont vulnérables !

Pour lutter efficacement contre le varroa, il faut réunir plusieurs critères :

  1. Pratiquer une bithérapie avec un premier traitement d’attente sans impact pour le couvain, suivi d’un traitement complémentaire plus virulent.
  2. Traiter l’intégralité de vos ruches et avertir également les autres apiculteurs proches de vous pour qu’ils le fassent également. Ceci évite la réinfection en période d’essaimage, ou en cas de dérive ou de pillage.
  3. Alterner les traitements d’une année sur l’autre, car le varroa est capable de développer une résistance aux médicaments.
  4. Assurer un suivi régulier post-traitement, par comptage des varroas morts naturellement.

Étape 1 : le traitement de fin de saison apicole

Le premier traitement est à réaliser à la fin de la période de miellée (courant août, variable selon les régions). La période idéale est juste après votre dernière récolte de miel, et donc en l’absence de hausses. Le but est de limiter la prolifération des varroas femelles pour les maintenir sous le seuil dommageable. Un traitement à base de thymol peut constituer une solution intéressante, car il n’y a pas de risque de contamination de la cire.

Un médicament à base d’acide formique ou oxalique est en revanche déconseillé, car votre ruche comporte en général toujours du couvain operculé sur lequel le traitement n’agira pas. Il est à noter qu’en présence de couvain, 80 % des varroas se trouvent dans les cellules operculées contenant les nymphes d’abeilles et seulement 20 % sont accrochés aux abeilles adultes (varroas phorétiques).

Étape 2 : le traitement avant le début de l’hiver

Selon le taux de varroas résiduels de votre ruche, un deuxième traitement plus radical est souvent recommandé pour garantir à votre essaim d’abeilles de bonnes conditions d’hivernage. L’idée est de réduire le nombre de varroas à moins de 50 individus avant la fin de l’automne. Vous pouvez ainsi opter pour un traitement à base d’acide oxalique, par dégouttement ou sublimation, réputée pour son efficacité en l’absence de couvain. Si votre ruche contient encore des cellules operculées, griffez-les à l’aide d’une herse à désoperculer pour traiter les varroas s’y étant logés.

Étape 3 : le traitement de printemps ou entre 2 miellées

Si les 2 précédentes étapes sont correctement réalisées, en principe vous n’aurez pas à traiter à nouveau vos essaims. Toutefois, dans certains cas de ruches très infestées, il est parfois nécessaire de faire chuter rapidement le nombre de parasites pour sauver votre colonie. Si possible, optez au préalable pour des méthodes de luttes biotechniques (présentées plus bas). Si le recours à un médicament ne peut être évité, préférez un traitement rapide (dit « flash ») à base d’acides oxalique ou formique. Ce dernier est utilisable en présence de couvain. En revanche, vous ne pourrez pas récolter de miel immédiatement, à cause des résidus médicamenteux.

À quoi reconnaît-on une attaque de varroas ?

Morphologie d'un varroa
Morphologie d’un varroa (source : PIXABAY-olivierlevoux)

Le varroa en se nourrissant de l’hémolymphe (sang) des larves et des abeilles adultes les affaiblit durablement. La réduction de l’espérance de vie des ouvrières peut ainsi provoquer le déclin des colonies. Vos ruches manquent peu à peu de main-d’œuvre, les abeilles ne parviennent plus à assurer convenablement toutes les tâches.

Les attaques de varroas contribuent également à réduire un organe très important pour l’abeille : le « corps gras ». Celui-ci sert, entre autres, à stocker les réserves alimentaires, notamment pour survivre en hiver. Le « corps gras » est présent en grande quantité chez la reine et les nourrices, ce qui en fait des cibles privilégiées pour les varroas phorétiques. Cette ressource protéinique aurait en effet la capacité de rendre les femelles varroas plus fertiles.

L’attaque du varroa se déroule en 2 étapes :

  1. La phase de phorésie. Les femelles varroas s’accrochent grâce à leurs apotèles (comparable à des ventouses) sous le sternite ou le tergite du 3e segment de l’abdomen de l’abeille. À cet endroit, elles sont difficiles à déloger. C’est souvent ainsi qu’elles parviennent à rejoindre la ruche. Le varroa aspire alors le sang de son hôte en lui perçant la cuticule avec ses chélicères (crochet pointu comportant 2 petites dents).
  2. La phase de reproduction. Les femelles varroas adultes (appelées « fondatrices ») regagnent les cellules du couvain, peu de temps avant l’operculation (20 heures pour les ouvrières, 40 h pour les faux-bourdons) et se placent sous la larve. 70 h après operculation, la fondatrice pond un 1er œuf qui donnera un mâle. Ensuite, toutes les 30 h, elle ne pondra plus que des femelles qui seront fécondées par le mâle. À l’émergence, la jeune abeille sort alors de sa cellule avec un ou plusieurs varroas femelles sur elle.

Les varroas sont également des vecteurs de maladies et de virus, comme la varroose. Plusieurs indicateurs vous permettent de détecter une colonie malade :

  • Le couvain prend la forme d’une mosaïque (cellules laissées vides, operculées de manière irrégulière, etc.) ;
  • Présence de larves mortes de couleur jaunâtre ;
  • Abeilles aux ailes déformées ;
  • Décoloration des abeilles, avec un abdomen plus petit ;
  • Abeilles paralysées, mortes devant l’entrée de la ruche.

Comment éviter les prochaines attaques : les solutions préventives ?

Comptage des abeilles, luttes biotechniques ou encore sélection d’abeilles naturellement résistantes, vous pouvez limiter les ravages des varroas grâce à quelques mesures de protection !

Le comptage du nombre de varroas, indispensable pour le suivi

Repérer la présence de varroas au sein de vos colonies d’abeilles n’est pas toujours évident ! Et pourtant, il va falloir évaluer cette quantité pour connaître l’urgence de la situation. La méthode la plus simple est d’installer un lange de détection. Il s’agit d’une plaque rigide à placer sur le fond de ruche. Le lange permet ainsi de comptabiliser le nombre de chutes de varroas morts naturellement ou par épouillage des abeilles. Il est utile de prévoir également un plateau grillagé pour éviter le nettoyage des abeilles situées à proximité et de graisser le lange afin que les varroas encore vivants y restent collés. Au-delà de 0,5 varroa comptabilité par jour, il faut agir !

Il existe d’autres techniques permettant d’effectuer un comptage plus précis. Par exemple, le comptage des varroas phorétiques peut se faire par prélèvement d’un échantillon de 300 abeilles ouvrières. Les varroas sont ensuite détachés à l’aide de sucre glace en secouant les abeilles dans un shaker, par anesthésie ou par lavage au détergent ou à l’alcool. Cette dernière solution causera inévitablement la mort de cette population d’abeilles prélevée.

Les moyens de luttes biotechniques

Les solutions biotechniques sont à utiliser en complément d’un traitement médicamenteux. Toutefois, elles sont sans risque pour les abeilles et faciles à mettre en œuvre.

Quelques exemples de luttes biotechniques :

  • Retrait du couvain de mâles. Les mâles, dont le cycle d’émergence est plus long que les ouvrières, sont la cible prioritaire des varroas. L’infestation peut y être jusqu’à 8 fois supérieure. Vous pouvez ainsi prélever et détruire jusqu’à 4 cadres de couvain de mâles sur une saison apicole sans générer trop d’impacts négatifs, à condition que votre ruche soit suffisamment populeuse ;
  • Retrait total du couvain en fin d’été. En supprimant le couvain, le varroa femelle ne peut plus se reproduire. Attention à ne pas trop priver votre colonie de ses précieuses ouvrières ;
  • Limiter la ponte de la reine pendant 21 à 25 jours en la plaçant dans une « cage à reine ».

D’autres méthodes sont également pratiquées, comme le traitement thermique du couvain qui vise à tuer les varroas dans les cellules du couvain, mais sans mettre en danger la vie des larves.

La sélection d’abeilles résistantes au varroa : le VSH

Le varroa a été aperçu pour la première fois en 1904 sur une abeille Apis Cerena (abeille asiatique) et pourtant, la vie de l’abeille n’était pas en danger. Savez-vous pourquoi ? Certaines abeilles hygiéniques sont dotées naturellement d’une résistance aux attaques de parasites. Elles sont parfois même capables de lutter contre le frelon asiatique. Cette faculté se nomme le comportement VSH (Varroa Sensitive Hygiène).

Ainsi, certaines abeilles VSH sont en mesure :

  • De pratiquer l’épouillage, c’est-à-dire de se délester elles-mêmes de leur intrus ou de ceux de leurs congénères ;
  • D’endommager la carapace de l’acarien et de le tuer ;
  • De résister à la maladie de la varroose ;
  • De détecter l’odeur du varroa dans le couvain et d’extraire la nymphe contaminée hors de la ruche ;
  • De désoperculer et réoperculer une cellule de couvain infesté. Cette manipulation suffit pour perturber suffisamment le varroa, dont le cycle de reproduction est parfaitement minuté.

Plutôt que de traiter systématiquement les abeilles contre le varroa, la solution ne pourrait-elle pas être de les laisser s’adapter et évoluer ou de les rendre plus résistantes ? Des tests ont déjà prouvé qu’un couvain infesté d’une colonie non VSH confié à une colonie VSH a été nettoyé à 90 % de ses varroas. Par ailleurs, le simple fait de remplacer une reine non VSH par une reine VSH permet d’abaisser significativement le nombre de varroas dès que sa descendance est assurée !

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